Une scientifique espagnole reçoit la bourse L’Oréal-UNESCO pour ses recherches sur le microbiote

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Jaione Valle vient d’obtenir la bourse « Pour les Femmes et la Science » de l’Oréal-UNESCO, d’un montant de 15 000 € pour ses recherches sur le biofilm formé par le microbiote intestinal. Un biofilm est une mince couche de micro-organismes adhérant à une surface. Ses travaux se focalisent sur la recherche d’un lien potentiel entre cette pellicule bactérienne et certaines maladies, comme les maladies neurodégénératives ou les maladies auto-immunes.

À l’issue de son doctorat en biologie, Jaione Valle a obtenu une bourse Marie Curie pour parfaire sa formation au Laboratoire de génétique des biofilms à l’Institut Pasteur de Paris. De retour en Espagne, elle a rejoint l’unité de pathogénie microbienne de l’Université Publique de Navarre, au sein du centre de recherche Navarrabiomed.

 

Félicitations.

Merci. Je ne m’attendais pas à recevoir la bourse l’Oréal-UNESCO cette année. J’avais déjà postulé en 2013 sans succès. Ça a donc été une vraie surprise.

 

Pourquoi cette bourse vous a-t-elle été remise ?

En reconnaissance de ma carrière professionnelle, d’une part et, de l’autre, pour mon projet sur l’identification des protéines amyloïdes du biofilm du microbiote intestinal.

 

Que sont les biofilms bactériens ?

Ce sont des communautés bactériennes, pathogènes ou commensales (comme les bactéries buccales ou celles du microbiote intestinal), qui se développent et adhèrent  à des surfaces ou des tissus. Elles sont enrobées d’une matrice, une sorte de pellicule formée de polysaccharides et de diverses protéines. Certaines de ces protéines peuvent s’apparenter à des protéines amyloïdes. Jusqu’à présent, nous savions que les protéines amyloïdes étaient associées à des maladies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer ou la maladie de Parkinson. Mais, le fait que différentes bactéries utilisent ces protéines amyloïdes pour construire la matrice du biofilm est ce qui est intéressant.

Mes recherches visent à identifier les protéines amyloïdes du biofilm du microbiote intestinal afin de découvrir leur rôle dans le maintien de l’homéostasie intestinale ou le déclenchement de certaines maladies.

 

Quelle est la fonction de la matrice ?

Elle permet aux bactéries de vivre en communauté et de les protéger  des actions du système immunitaire ou de certains médicaments, comme dans le cas des bactéries pathogènes. Dans le microbiote intestinal, elle agit comme une barrière protectrice contre le dessèchement, en accumulant les nutriments et en évitant la colonisation par d’autres bactéries pathogènes. Il s’agit d’une sorte de cuirasse qui enveloppe les bactéries et les protège du stress environnemental et des actions de facteurs externes. Elle joue sans doute un rôle important dans l’interaction avec le système immunitaire et le maintien de l’équilibre de l’écosystème.

 

Comment se forme-t-elle ?

Les bactéries synthétisent et sécrètent elles-mêmes les composantes de la matrice du biofilm.  Parmi les composantes qu’elles peuvent sécréter pour former la matrice se trouvent les protéines amyloïdes.

 

Quelles seraient les applications d’une meilleure compréhension de la manière dont se forment les biofilms et de leurs rôles ?

Une meilleure compréhension pourrait nous aider à combattre les bactéries pathogènes, en utilisant éventuellement des médicaments qui empêcheraient la formation de cette cuirasse. Pour le microbiote intestinal, nous pourrions essayer de favoriser la formation d’un biofilm composé d’une bactérie donnée ou d’un groupe de communautés bactériennes.

Cela pourrait également être appliqué dans le domaine de la transplantation fécale. Le fait d’avoir recours à un biofilm, qui est l’habitat naturel des microorganismes, favoriserait sans doute l’établissement du microbiote intestinal. Ces connaissances pourraient aussi s’avérer très utiles pour les probiotiques ; en fait, des probiotiques de troisième génération sont déjà administrés sous forme de biofilm.

 

La bourse « Pour les Femmes et la Science » de l’Oréal-UNESCO récompense le travail de jeunes scientifiques. Est-il toujours d’actualité d’établir cette distinction entre les genres ?

De fortes inégalités entre hommes et femmes persistent encore dans le domaine de la recherche. Alors, une récompense comme celle-ci, en plus d‘offrir une meilleure visibilité aux travaux scientifiques des femmes, stimule des vocations, et  encourage les jeunes femmes à suivre une carrière dans le domaine de la recherche, ce qui est difficile.

En effet, comme pour une course de fond, il faut travailler très dur pendant très longtemps. Or, les femmes, en raison de circonstances particulières comme la maternité, se voient obligées d’arrêter ou de ralentir leur carrière, ce qui engendre de nombreuses différences par rapport aux hommes. Car, pour revenir à leur situation antérieure, contrairement aux hommes, elles doivent faire un sprint. Il est également vrai que les femmes se sont incorporées au monde de la recherche beaucoup plus tard, ce qui expliquerait leur difficulté à accéder aux postes à responsabilité, par exemple.

Le programme L’Oréal-UNESCO a démarré en 1998 avec pour but la reconnaissance et la mise en lumière du travail des chercheuses du monde entier, tout en stimulant les vocations scientifiques parmi les plus jeunes. Ainsi, chaque année, cette fondation décerne cinq prix à de prestigieuses scientifiques en reconnaissance de leur carrière, et parallèlement, accorde des bourses à de jeunes chercheuses, comme celle attribuée cette année, à Jaione Valle.

Cristina Sáez
Cristina Sáez
Cristina Sáez est une journaliste scientifique indépendante. Elle travaille pour différents médias, notamment le quotidien La Vanguardia où elle dirige la rubrique scientifique Big Vang ; elle collabore avec des centres de recherche et des sociétés scientifiques. Elle a été récompensée pour son travail journalistique par le prix Boehringer Ingelheim 2015 pour le journalisme en médecine, entre autres. Retrouvez Cristina sur Twitter @saez_cristina