Les personnes qui suivent un régime alimentaire riche en fruits, légumes, céréales complètes et bonnes graisses ont plus de chances de vieillir en bonne santé

De nouvelles études ont montré qu’une adhésion supérieure à huit régimes alimentaires spécifiques est associée à une plus grande probabilité de vieillir en bonne santé. Le lien le plus solide a été observé dans l’« Alternative Healthy Eating Index (indice alternatif d’alimentation saine) » (AHEI), puisque les participants âgés de jusqu’à 70 ans qui respectaient le plus ce régime alimentaire, avaient jusqu’à 86 % plus de chances de vieillir en bonne santé que ceux qui le respectaient le moins. Et, lorsque le seuil de l’âge a été relevé à 75 ans, les chances ont été multipliées par 2,24.

Dans cette étude majeure publiée dans Nature Medicine, les chercheurs ont analysé les données de plus de 105 000 participants (âgés de 39 à 69 ans) pendant trois décennies. Les huit régimes alimentaires étudiés comprenaient : l’AHEI, l’indice alternatif méditerranéen (aMED), le régime DASH (approches alimentaires pour stopper l’hypertension), l’intervention méditerranéenne-DASH contre le retard neurodégénératif (MIND), le régime alimentaire basé sur les fruits et légumes (hPDI), l’indice de régime santé planétaire (PHDI), le régime alimentaire inflammatoire empirique (EDIP) et l’indice alimentaire empirique pour l’hyperinsulinémie (EDIH). Les chercheurs ont évalué le respect de ces huit régimes alimentaires et leur lien avec un vieillissement en bonne santé.

Le vieillissement en bonne santé a été défini comme le fait d’atteindre au moins l’âge de 70 ans sans souffrir d’aucune des 11 principales maladies chroniques (c’est-à-dire tous les cancers à l’exception des cancers de la peau non-mélanome, le diabète, l’infarctus du myocarde, les maladies coronariennes, l’insuffisance cardiaque congestive, les accidents vasculaires cérébraux, l’insuffisance rénale, les maladies pulmonaires obstructives chroniques, la maladie de Parkinson, la sclérose en plaques et la sclérose latérale amyotrophique), tout en conservant une santé cognitive, physique et mentale intacte.

Ces associations étaient indépendantes d’autres facteurs liés au mode de vie, tels que le niveau d’activité physique, le tabagisme et l’indice de masse corporelle (IMC). Une consommation plus importante de fruits, de légumes, de céréales complètes, de graisses insaturées, de noix, de légumineuses et de produits laitiers allégés en matières grasses, comme dans le régime AHEI, était associée à une meilleure fonction physique et à une meilleure santé mentale. Le régime PHDI était le plus fortement associé à une santé cognitive intacte à l’âge de 70 ans, tandis que le EDIH était le plus étroitement associé à l’absence de maladies chroniques. À l’inverse, une consommation plus élevée de graisses trans, de sodium, de boissons sucrées et de viandes rouges ou transformées – des aliments ultra-transformés –, était associée à une moins bonne santé.

 

Le microbiome pourrait-il régir les bienfaits de la restriction calorique sur le vieillissement  ?

Alors que l’étude sur les êtres humains a mis en évidence l’importance des habitudes alimentaires à long terme pour vieillir en bonne santé, un autre groupe de recherche a étudié la manière dont les interventions alimentaires affectaient le microbiome intestinal et le vieillissement des souris.

En analysant près de 3 500 échantillons de selles provenant de 913 souris, les chercheurs ont suivi les changements graduels du microbiome de souris soumises à différents régimes alimentaires restrictifs, notamment la restriction calorique et le jeûne intermittent. Ils ont constaté que le vieillissement était systématiquement associé à une unicité croissante du microbiome, l’unicité permettant de distinguer le profil microbien d’un individu par rapport à celui des autres. Cette tendance a également été observée dans un vaste ensemble de données comprenant plus de 4 000 métagénomes humains, ce qui suggère que l’unicité du microbiome pourrait être une caractéristique universelle du vieillissement chez toutes les espèces.

Ces résultats corroborent des conclusions préalables sur le lien entre vieillissement et survie,  et microbiome intestinal humain. D’ailleurs, le groupe de recherche de Wilmanski a étudié ce lien chez des personnes âgées de 18 à 101 ans et a constaté qu’à partir du milieu ou de la fin de l’âge adulte, le microbiome intestinal des personnes en meilleure santé évoluaient constamment vers un microbiome de plus en plus unique. Ce changement était lié à des sous-produits microbiens spécifiques présents dans le sang et à une diminution des bactéries courantes telles que les Bacteroides.

Il est intéressant de souligner que la restriction alimentaire chez les souris n’a pas permis de « rajeunir » le microbiome. Au contraire, elle a entraîné d’autres changements microbiens, en particulier dans des genres tels que Ligilactobacillus et Lactobacillus, et a renforcé certaines de leurs fonctions clés, telles que la production d’acides aminés comme la lysine et de composants de la paroi cellulaire bactérienne.

D’autre part, les chercheurs ont cherché à savoir si le microbiome modulait directement la santé et le vieillissement de l’hôte. Et ils ont découvert que le microbiome était associé à plusieurs paramètres de santé, notamment la composition corporelle, la fonction immunitaire et la fragilité, mais pas la durée de vie en soi. Il a été constaté notamment que certains microbes intestinaux et leurs activités métaboliques étaient liés à des caractéristiques telles que la graisse corporelle et la masse maigre, les marqueurs des cellules immunitaires et les signes de déclin physique. Ces observations suggèrent que si le microbiome peut contribuer à réguler certains aspects de la durée d’une vie en bonne santé, son rôle dans la détermination de la longévité reste incertain.

 

Que nous manque-t-il encore pour pouvoir faire des recommandations personnalisées pour vieillir en bonne santé ?

Malgré leurs analyses, ces deux études présentent des limites. L’étude sur les êtres humains s’est appuyée sur des données alimentaires provenant d’une auto-déclaration et sur des questionnaires évaluant plusieurs aspects relatifs à la santé, ce qui peut introduire des biais. La recherche sur les animaux, bien qu’elle offre des aspects mécanistiques plus approfondies, a été menée sur des souris, un choix qui peut s’avérer insuffisant pour représenter la biologie humaine.

Les recherches futures devraient chercher à intégrer le profilage du microbiome dans les études sur le vieillissement humain en explorant l’influence des taxons microbiens et des métabolites spécifiques sur la manière dont l’alimentation influence le vieillissement. Par exemple, le rôle des fibres alimentaires sur la diversité microbienne et la production d’acides gras à chaîne courte (AGCC) mérite d’être étudié plus en détail étant donné que les fibres pourraient moduler la santé et le vieillissement humains. Une meilleure compréhension de ces liens pourrait aider à prévenir ou à réduire la fragilité, ainsi qu’à promouvoir un vieillissement en meilleure santé.

 

À retenir

Dans leur ensemble, ces études soulignent l’importance de l’alimentation sur le vieillissement, tant par ses effets nutritionnels directs que par sa modulation du microbiome intestinal. Les régimes riches en fruits, légumes, céréales complètes, graisses insaturées, noix, légumineuses et produits laitiers allégés ont toujours été associés à un meilleur vieillissement du fait qu’ils contribuent à maintenir la force physique, le bien-être mental et la vivacité cognitive. Parallèlement, des recherches indiquent qu’un microbiome intestinal davantage « unique », c’est-à-dire qui s’éloigne progressivement des modèles courants associés à l’âge, est lié à un vieillissement plus sain et à une survie accrue.

Bien que la recherche continue d’explorer le rôle global du microbiome sur la santé humaine et le vieillissement, nous savons désormais avec certitude que nous disposons déjà d’outils puissants pour influencer notre manière de vieillir. Choisir des aliments nutritifs, rester actif physiquement, éviter les habitudes néfastes et prendre soin de notre santé intestinale peut avoir des effets réels et durables sur notre qualité de vie au fur et à mesure que nous prenons de l’âge.

 

 

Références

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  2. Litichevskiy L, Considine M, Gill J, et al. Gut metagenomes reveal interactions between dietary restriction, ageing and the microbiome in genetically diverse mice. Nature Microbiology. 2025;10:1240–1257. DOI:10.1038/s41564-025-01963-3.
  3. Wilmanski T, Diener C, Rappaport N, et al. Gut microbiome pattern reflects healthy ageing and predicts survival in humans. Nature Metabolism. 2021;3(2):274-286. DOI: 10.1038/s42255-021-00348-0
  4. Kabisch S, Hajir J, Sukhobaevskaia V, et al. Impact of Dietary Fiber on Inflammation in Humans. Int J Mol Sci. 2025;26(5):2000. DOI: 10.3390/ijms26052000.
  5. Lim MY, Nam YD. Gut microbiome in healthy aging versus those associated with frailty. Gut Microbes. 2023;15(2):2278225. DOI: 10.1080/19490976.2023.2278225.