Se pourrait-il que les bactéries intestinales influencent la sclérose en plaques ?
Les chercheurs soupçonnent depuis longtemps les bactéries intestinales de jouer un rôle dans des maladies telles que la sclérose en plaques (SEP). Toutefois, la difficulté est de déterminer si la SEP modifie le microbiote intestinal ou si ce sont les modifications du microbiote qui contribuent au développement de la SEP. Une nouvelle étude publiée dans PNAS Immunology and Inflammation1 a permis d’identifier des biomarqueurs bactériens liés à la gravité de la SEP. Ces découvertes ouvrent la voie à une meilleure prise en charge de la maladie et soulignent l’importance de l’axe intestin-cerveau.
Qu’est-ce que la sclérose en plaques ?
La sclérose en plaques est une maladie auto-immune chronique qui affecte le cerveau et la moelle épinière. En temps normal, si une personne se coupe en jardinant, son système immunitaire s’active pour combattre les bactéries nocives ou éliminer les corps étrangers comme les échardes. Cependant, dans les maladies auto-immunes tels le diabète de type 1 ou le lupus, le système immunitaire s’emballe et s’en prend par erreur aux cellules saines. Dans le cas de la SEP, il cible la couche protectrice des nerfs d’où l’apparition de symptômes tels que la fatigue, des difficultés à marcher, des engourdissements, des troubles de la vue et un déclin des facultés cognitives. Il n’existe pas de traitement permettant de guérir la SEP. Pour le moment, les traitements sont axés sur la prise en charge des symptômes, le ralentissement de la maladie et la modulation du système immunitaire.
La cause exacte de la sclérose en plaques reste inconnue. Plusieurs facteurs ont néanmoins été mis en cause, notamment une prédisposition génétique, des déclencheurs environnementaux (carence en vitamine D et infections virales), ainsi que des facteurs liés au mode de vie tels que le tabagisme et l’obésité. Les femmes sont plus susceptibles de développer la SEP que les hommes. Les personnes atteintes d’autres maladies auto-immunes, telles que le psoriasis, peuvent également présenter un risque plus élevé2. Il a également été suggéré que des déséquilibres dans le microbiote intestinal pouvaient constituer un facteur contributif3.
Microbiote intestinal et sclérose en plaques : étude et principales conclusions
Une équipe de chercheurs dirigée par le Dr Ashutosh K. Mangalam de l’université de l’Iowa a analysé des échantillons de selles provenant de 51 personnes en bonne santé et de 45 patients atteints de SEP afin d’identifier les principaux marqueurs bactériens associés à la maladie. Ils ont ensuite transplanté des bactéries isolées de ces échantillons de selles dans des souris modifiées pour présenter les symptômes de la SEP. Ils ont ainsi pu étudier les relations de cause à effet potentielles entre des bactéries spécifiques et le développement de la SEP. Au cours de leur recherche, ils ont testé leur biomarqueur intestinal sur une cohorte élargie de 572 patients atteints de SEP et leurs témoins domestiques. Ils ont ainsi apporté des preuves solides d’une signature microbienne associée à la maladie.
L’étude a permis de réaliser plusieurs découvertes importantes :
- les bactéries intestinales des personnes atteintes de SEP sont différentes de celles des personnes en bonne santé ;
- un déséquilibre microbien spécifique – moins de Bifidobacterium et plus d’Akkermansia – était associé à la gravité de la maladie ;
- la transplantation de bactéries liées à la SEP à des souris a provoqué une inflammation et des symptômes de type SEP, ce qui suggère une causalité possible.
Dans un premier temps, les chercheurs ont confirmé que les patients atteints de SEP présentaient des signes d’inflammation plus importants dans leur intestin et leur sang que les personnes en bonne santé. Lorsqu’ils ont comparé le microbiote intestinal de patients atteints de SEP à celui de personnes en bonne santé, ils ont constaté que certains types de bactéries spécifiques différaient, même si la diversité bactérienne globale était similaire. Ces différences étaient constantes indépendamment du traitement, de l’indice de masse corporelle, du sexe ou de l’âge. Cela suggère que, dans ce contexte, la SEP est le principal modulateur du microbiome intestinal.
L’un des principaux schémas est une modification de l’équilibre entre deux groupes de bactéries : Bifidobacterium et Akkermansia. Chez les souris présentant des symptômes de type SEP, les espèces Akkermansia étaient plus abondantes, et les Bifidobacterium réduites. Au fur et à mesure que la maladie progressait, ce déséquilibre s’est accentué. Lorsque Akkermansia augmentait, Bifidobacterium diminuait.
Pour déterminer si ce changement microbien pourrait jouer un rôle dans la SEP, les chercheurs ont introduit la bactérie Blautia – identifiée comme un facteur important de la SEP – dans des souris saines sous traitement antibiotique. Ces souris ont ensuite reçu un microbiome humain en bonne santé par transplantation de microbiote fécal. La bactérie Blautia a provoqué des changements au sein du microbiote intestinal, lesquels ressemblaient beaucoup à ceux observés chez les patients atteints de SEP, ainsi qu’une augmentation des niveaux d’inflammation et une aggravation des symptômes.
L’une des découvertes les plus prometteuses a été l’identification d’un nouveau biomarqueur potentiel dans les selles : le rapport entre Bifidobacterium adolescentis et Akkermansia muciniphila. Chez les patients atteints de SEP, ce rapport était significativement plus faible. En effet, Akkermansia muciniphila étant connue pour dégrader la couche de mucus protectrice de l’intestin, elle pourrait augmenter la perméabilité de l’intestin et contribuer à l’activation immunitaire. Toutefois, d’autres études seront nécessaires pour confirmer ce mécanisme.
En quoi cette étude est-elle importante ?
Cette étude met en évidence le lien étroit entre les bactéries intestinales et la sclérose en plaques et suggère que le suivi de bactéries spécifiques pourrait aider à prédire l’aggravation de la maladie. À l’avenir, l’ajustement des bactéries intestinales par le biais d’un régime alimentaire ou d’autres thérapies pourrait permettre de prendre en charge les symptômes de la SEP.
Mots-clés :
Sclérose en plaques, microbiote intestinal, inflammation, Akkermansia, Bifidobacterium
Références :
- Ghimire, P.C. Lehman, L.S. Aguilar Meza, S.K. Shahi,J. Hoang,H. Olalde,M. Paullus, C. Cherwin, K. Wang, C. Gill, T. Cho, & A.K. Mangalam, Specific microbial ratio in the gut microbiome is associated with multiple sclerosis, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 122 (10) e2413953122 (2025).
- Mayo Clinic. (n.d.). Multiple sclerosis – Symptoms and causes. Retrieved April 3, 2025, from https://www.mayoclinic.org/diseases-conditions/multiple-sclerosis/symptoms-causes/syc-20350269
- Correale, J., Hohlfeld, R. & Baranzini, S.E. The role of the gut microbiota in multiple sclerosis. Nat Rev Neurol18, 544–558 (2022).