Le microbiote améliorerait le métabolisme des glucides chez les humains

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La raison pour laquelle un même régime affecte différemment les individus est demeurée pendant longtemps un mystère pour les spécialistes de la nutrition. Au cours des dernières années, de nombreuses études ont apporté quelques éclaircissements sur la question, en dévoilant le rôle du microbiote intestinal dans le métabolisme et la physiologie de l’individu.

En effet, les quelque cent mille milliards de microorganismes hébergés dans le côlon humain modulent les interventions alimentaires et peuvent s’avérer un facteur environnemental important contribuant au développement de maladies métaboliques comme le diabète de type 2 ou l’obésité, voire les maladies cardiovasculaires. Il s’agit d’une relation bidirectionnelle : la nourriture altère les bactéries et ces dernières, à leur tour, affectent le métabolisme de la nourriture.

Une nouvelle étude menée par des scientifiques de l’Académie Sahlgrenska de l’Université de Göteborg (Suède) vient d’identifier les bactéries responsables de certains de ces effets. Les résultats de cette étude, publiée dans le magazine Cell Metabolism, révèlent la manière dont Prevotella améliore le métabolisme du glucose chez des humains sains. Ces bactéries sont liées à une alimentation riche en fibres, tandis que les Bacteroïdes, par exemple, sont associés à une consommation élevée de protéines et de matières grasses.

Pour leur expérience, les chercheurs ont soumis 39 individus à une intervention alimentaire à base de pain d’orge pendant trois jours, qu’ils ont, après une pause, remplacé par du pain blanc. Ils ont ensuite évalué les réactions du glucose et de l’insuline aux régimes. Ils ont ainsi constaté que pour la plupart des participants, le pain d’orge contribuait davantage à la régulation du glucose que le pain blanc. Ces améliorations étaient toutefois beaucoup plus marquées chez certains sujets.

Les auteurs de l’étude se sont alors penchés sur le microbiote intestinal de tous les sujets et ont observé des modifications chez les individus qui avaient le mieux réagi à l’intervention nutritionnelle : le genre Prevotella y était plus nombreux. Ils ont également constaté l’effet contraire chez les individus avec la réponse la plus faible à l’intervention avec du pain d’orge.

« Nos découvertes mettent clairement en évidence l’interaction entre le microbiote intestinal et l’alimentation et contribuent à une meilleure compréhension du métabolisme dans la santé et les maladies. Ces résultats pourraient contribuer à expliquer la disparité des réponses aux traitements nutritionnels en fonction des individus », déclarait Fredrik Bäckhed, coauteur de l’étude et professeur à l’Académie Sahlgrenska de l’Université de Göteborg.

 

Afin de corroborer leurs résultats, les scientifiques ont mené une deuxième expérience, cette fois-ci avec des rongeurs. Ils ont procédé à la transplantation de probiotiques du genre Prevotella, ou de microbiote fécal de sujets qui avaient bien réagi à l’intervention nutritionnelle, à des souris dépourvues de germes. Ils ont constaté que chez ces dernières, le métabolisme du glucose s’était amélioré et que leurs niveaux de Prevotella avaient augmenté.

Le lien entre le microbiote intestinal et certaines fibres alimentaires pourrait contribuer à développer des recommandations nutritionnelles plus individualisées. Cette étude souligne le rôle déterminant de Prevotella dans la digestion des fibres complexes, ce qui pourrait stimuler et améliorer la réponse glycémique. De nombreux articles viennent en fait étayer l’idée que Prevotella est une bactérie clé pour un microbiote sain.

« Nos résultats ont en outre prouvé que le taux de glycémie s’améliorait chez les souris réceptrices de Prevotella lorsqu’elles étaient soumises à un régime riche en fibres. Nos découvertes pourraient conduire à l’élaboration d’un produit combinant Prevotella et fibres de graines », conclut le Pr Bäckhed, de l’Académie Sahlgrenska.

 

 

 

Source :

Petia Kovatcheva-Datchary et al. Cell Metabolism, 2015. DOI : http://www.cell.com/cell-metabolism/pdf/S1550-4131 (15) 00517-3.pdf

 

Pour plus d’information :

http://www.cell.com/cell-metabolism/pdf/S1550-4131 (15) 00517-3.pdf

http://www.sciencenewsline.com/news/2015111100230077.html

http://www.sciencedaily.com/releases/2015/11/151110120250.htm

Cristina Sáez
Cristina Sáez
Cristina Sáez est une journaliste scientifique indépendante. Elle travaille pour différents médias, notamment le quotidien La Vanguardia où elle dirige la rubrique scientifique Big Vang ; elle collabore avec des centres de recherche et des sociétés scientifiques. Elle a été récompensée pour son travail journalistique par le prix Boehringer Ingelheim 2015 pour le journalisme en médecine, entre autres. Retrouvez Cristina sur Twitter @saez_cristina